Le psoriasis


En France, 2% de la population souffre de psoriasis. Cette maladie peut apparaître à tout âge, mais survient particulièrement entre 20 et 40 ans.  Bien que bénin dans la majorité des cas, le psoriasis n’en demeure pas moins une maladie invalidante avec de fortes répercussions sur la qualité de vie. Une enquête de l’Institut Ipsos (Regards Croisés, 30 juin au 11 septembre 2015, menée auprès d’un échantillon de 767 patients atteints de psoriasis et 55 proches de patients) révèle que 64% des personnes atteintes de psoriasis font l’objet de discrimination. Selon l’Inserm, dans les formes sévères de psoriasis, les répercussions dans la vie sociale et professionnelle génèrent un état dépressif dans 30 à 40% des cas. Les États Membres sont encouragés par l’OMS à sensibiliser les populations et à dénoncer la stigmatisation dont sont si souvent victimes les personnes atteintes de psoriasis. La 15e journée mondiale du psoriasis le 29 octobre 2018, en sera l’occasion.

DEFINITION

Le psoriasis est une maladie non contagieuse, inflammatoire, systémique et chronique caractérisée par des lésions cutanées squameuses. La dermatose se manifeste par des rougeurs, des gouttes, des pustules, des cornes ou des plaques rouges bien limitées et de taille très variable. Bien que les plaques puissent apparaitre sur toutes les parties du corps, elles sont généralement localisées sur les zones du corps soumises à des frottements vestimentaires (coudes, bords externes des avant-bras, genoux, région lombo-sacrée) mais aussi sur le cuir chevelu, les ongles, les conduits auditifs, le nombril, les muqueuses.

SYMPTOMES

Le psoriasis peut apparaître sous différentes formes d’un patient à l’autre ou s’exprimer différemment tout au long de la vie du patient. On peut distinguer 5 formes de psoriasis :

– Le psoriasis en plaques, aussi appelé “psoriasis vulgaire”. Il affecte 80 % des malades. Les patients voient apparaître des plaques inflammatoires rouges, bien délimitées, rondes, ovales ou polylobées, épaisses et recouvertes de squames blanchâtres. En cas de grattage, les plaques sont décapées à vif et deviennent très rouges. Les plaques peuvent mesurer plusieurs centimètres et se disposent généralement de manière symétrique. Leur nombre est variable allant d’une à plusieurs plaques. Bien qu’elles puissent se localiser n’importe où sur le corps, elles s’observent plus spécifiquement au niveau des coudes, des genoux, du bas du dos, des fesses et du cuir chevelu.

– Le psoriasis en gouttes, représentant moins de 10% des cas, il atteint plus souvent les enfants et les adolescents suite à une angine. Cette forme de psoriasis est reconnaissable par l’apparition soudaine d’une multitude de petites plaques (quelques millimètres de diamètre) en forme de larmes ou de points localisés principalement sur le tronc.

– Le psoriasis pustuleux se caractérise par la présence de pustules amicrobiennes, non folliculaires, sur les plaques rouges. Ces pustules peuvent être isolées ou confluentes, formant alors de véritables placards. On distingue la forme localisée aux paumes des mains et/ou à la plante des pieds (pustulose-plantaire) et la forme localisée au bout des doigts (acrodermatite continue de Hallopeau). Le psoriasis pustuleux s’accompagne de fièvre et d’une altération de l’état général.

– Le psoriasis érythrodermique. Dans cette forme de psoriasis, plus de 90%, voire la totalité de la peau est couverte de rougeurs et d’inflammations. Elle s’accompagne de fièvre et de frissons et peut entraîner des surinfections.

– Le psoriasis arthropathique. Dans 20% des cas de psoriasis, les articulations sont également atteintes. Les articulations des doigts, des orteils, de la colonne vertébrale ou du bassin peuvent êtres douloureuses.

On retrouve d’autres symptômes en fonction de la localisation du psoriasis, notamment sur :
– Les ongles : ils peuvent présenter des déformations, perdre leur transparence, se décoller ou prendre une coloration blanche. La peau sous le ou les ongles s’épaissit.
– La paume des mains ou la plante des pieds : la peau est épaissie et se fissure.
– Les muqueuses génitales chez l’homme avec atteinte du gland : les plaques sont rouges et ne desquament pas.

Dans 30 à 60 % des cas, ces plaques de psoriasis démangent ou sont responsables de sensations de brûlures. Cette maladie peut être douloureuse lorsqu’elle se manifeste sur la paume des mains, la plante des pieds ou dans les plis de la peau. 

CAUSES ET FACTEURS DE RISQUE

Bien que l’origine exacte de la maladie reste inconnue à ce jour, la prédisposition génétique associée à certains facteurs favorisants permettent d’expliquer la survenue du psoriasis. Le terrain génétique perturberait le système immunitaire en abaissant le seuil de réaction inflammatoire face à des facteurs déclenchants. Plusieurs facteurs sont identifiés dans le déclenchement des poussées de psoriasis :

– Traumatismes physiques ou psychiques.
– Infections, en particulier ORL, surtout chez l’enfant.
– Prise de certains médicaments comme les bétabloquants, le lithium, l’interféron alpha, les antipaludéens ou certains antihypertenseurs.
– L’imprégnation hormonale chez la femme, avec une aggravation possible des lésions de psoriasis au moment des menstruations.
– Le soleil qui, dans certains cas, améliore le psoriasis, et dans d’autres cas, l’aggrave.

D’autres facteurs peuvent également aggraver la maladie et favoriser une résistance au traitement :

– La consommation excessive d’alcool.
– Le tabagisme.
– Un état dépressif.
– Le stress chronique.
– L’obésité.
– Le changement climatique.
– Les frottements vestimentaires.

DIAGNOSTIC

En général, le diagnostic est posé suite à un examen physique de la peau. Le médecin examine les sites de localisation généraux (cuir chevelu, genoux, coudes, région lombaire et ongles) et recherche des lésions caractéristiques. Le médecin peut également relever la présence d’un signe de Koebner (apparition et développement de nouvelles lésions sur une peau saine venant de subir un traumatisme chez les personnes souffrant de maladies cutanées).

En cas de doute, pour confirmer le diagnostic, le médecin peut prescrire une biopsie de la peau. Cet examen permet de retrouver les signes caractéristiques du psoriasis, à savoir :

– Un épaississement de l’épiderme.
– Une augmentation du nombre de capillaires sanguins sous l’épiderme.
– Des globules blancs logés anormalement dans l’épiderme.

TRAITEMENTS

Le psoriasis étant à ce jour incurable, les traitements visent à en diminuer les symptômes. C’est l’évaluation du degré de gravité du psoriasis qui conditionne l’attitude thérapeutique. En effet, il existe divers types de médicaments, en application locale pour les formes habituelles ou par voie générale (voie orale ou injections) pour les formes sévères, qu’il faut adapter en fonction du psoriasis et du patient. Le traitement alterne des traitements d’attaques des poussées aiguës de psoriasis et des traitements d’entretien.

Le traitement local pour les formes habituelles :
– Les dermocorticoïdes : Utilisés en application quotidienne, ces produits réduisent l’inflammation. Ils sont appliqués sous forme de pommade ou de crème pour la peau et de lotion ou de shampoing pour le cuir chevelu.
– Les traitements dérivés de la vitamine D : Ils luttent contre la multiplication des cellules de la peau. On associe les dérivés de la vitamine D avec des dermocorticoïdes en application quotidienne pour traiter les poussées aiguës de psoriasis. A moindre dose, cette association appliquée une fois par semaine, peut être utilisée en traitement d’entretien.
– Les bains à base d’amidon, de blé ou d’huile, ou les produits hydratants sont préconisés pour nettoyer les lésions, calmer l’inflammation et stopper les démangeaisons.
– L’acide salicylique, souvent associé à la vaseline, permet de nettoyer les lésions très squameuses.
– Le tazarotène est indiqué en cas de psoriasis très localisé. En revanche, il est contre-indiqué pendant la grossesse.
– La photothérapie est un traitement par rayons ultraviolets. Elle est utilisée en cas de psoriasis étendu à une grande partie du corps, ou de persistance des lésions malgré les traitements locaux. Le traitement s’effectue sur une période d’environ 2 mois. Il existe deux types de photothérapie :
– La puvathérapie par UVA nécessitant la prise d’un médicament photosensibilisant.
– La photothérapie par UVB.
Les traitements par voie générale pour les formes sévères :
– Les antinéoplasiques analogues de l’acide folique (méthotrexate) : Ils agissent en bloquant l’action de l’acide folique, une vitamine du groupe B indispensable à la synthèse de l’ADN, ce qui inhibe la croissance des cellules de l’organisme. Il est prescrit sous forme de comprimé à raison d’une prise hebdomadaire, ou sous forme d’injections intramusculaires dans la fesse ou sous cutanées.
– Les rétinoïdes systémiques (acitrétine, dérivé de la synthèse de la vitamine A) : Ils limitent le renouvellement excessif des cellules de la peau et diminuent l’épaisseur de la couche cornée. Ils sont administrés par voie orale à raison d’une prise quotidienne.
– Immunosuppresseur inhibiteur de la calcineurine (ciclosporine). Cette substance a la propriété de bloquer certaines cellules qui interviennent dans les réactions immunitaires contre les corps étrangers. Il se prend tous les jours par voie orale.
– Inhibiteur de la phosphodiestérase 4 (aprémilast) : Il bloque l’action d’une enzyme appelée phosphodiestérase 4 (PDE4). Cette enzyme intervient dans la production des cytokines, des substances impliquées dans le processus inflammatoire. Il se prend deux fois par jour sous forme de comprimés pelliculés.
– Immunosuppresseur anti-TNFα (etanercept, infliximab, adalimumab) : Il cible spécifiquement un médiateur de l’inflammation (TNF-alpha) et permet de ralentir la progression des lésions articulaires en bloquant l’activité des anticorps anti-TNFa.
– Immunosuppresseurs inhibiteurs d’interleukines (Ustekinumab, Brodalumab). Ils pourraient diminuer certains processus inflammatoires susceptibles d’avoir un rôle dans la survenue du psoriasis.

EVOLUTION ET COMPLICATIONS

La maladie évolue différemment d’un patient à l’autre, son évolution se fait par poussées d’intensité variable, entrecoupées de rémissions de durée également variable pouvant atteindre plusieurs années. Selon l’Inserm, des études de cohortes indiquent que les personnes atteintes de psoriasis auraient deux fois plus de risques de développer une pathologie cardiovasculaire (athérosclérose, diabète de type 2, infarctus du myocarde…) que les autres.
Les malades très affectés par le regard des autres sur leur apparence peuvent souffrir de stress, d’anxiété, de solitude et même de dépression.
La complication la plus fréquente du psoriasis est le rhumatisme psoriasique qui se manifeste par des douleurs articulaires nocturnes, suivies d’une sensation d’ankylose au réveil, et par une fatigue générale.
La maladie peut prendre une forme grave lorsqu’elle est associée au VIH. 

CONSEILS AU COMPTOIR

Certains facteurs environnants pouvant déclencher ou aggraver la maladie, le pharmacien peut aider ses patients à identifier ce qui favorise les poussées psoriasiques et comment les éviter. Ci-après quelques gestes utiles :

– Eviter les irritations cutanées, comme le frottement des vêtements sur la peau.
– Eviter les plaies cutanées (coupures, griffures, écorchures) qui peuvent être le siège d’une efflorescence de lésions psoriasiques.
– Hydrater quotidiennement la peau.
– Consulter le médecin en cas d’infections ORL (angine…).
– Ne pas prendre de médicaments sans avis médical.
– Faire attention à l’exposition solaire : en général, elle est bénéfique pour le psoriasis, mais elle peut l’aggraver dans certains cas.
– Supprimer l’alcool et le tabac.
– Essayer de mieux gérer les contrariétés et le stress.
Il est également important de rappeler au patient de ne pas gratter les plaques de psoriasis afin d’éviter les infections ou des lésions d’impétigo.
Enfin, conscient du retentissement psychique et social provoqué par des lésions visibles ou gênantes, le pharmacien pourra informer le patient sur l’existence d’associations de patients (France Psoriasis, Carenity.com, Psolidaires).

https://www.celtipharm.com/Pages/Conseil-comptoir/2018/10/PSORIASIS.aspx